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lundi 8 août 2016

Motif Gurdo


A l'occasion de l'anniversaire de Simone Veil, un hommage lui a été rendu sur les réseaux sociaux.

Après m'être réjouie de voir cette femme politique admirée par une grande majorité de français, et surtout de françaises, porter avec une telle classe une chemise en batik indonésien, je me suis penchée sur le motif de ce batik pour en comprendre l'origine et la signification.

C'est un motif Gurdo, dérivé du mot Garuda, l'oiseau fabuleux de la mythologie Hindou, monture du dieu Vishnu.


La première compagnie aérienne indonésienne porte le nom de Garuda



Garuda est également l'emblème de l'Indonésie.

Bhinneka tunggal ika = L'unité dans la diversité

 

Le motif Gurdo stylise la représentation de l'oiseau Garuda.


Ekor = queue, Sayap = aile, Dubur = anus

D'après Iwet Ramadhan, auteur de "Cerita Batik" le motif Gurdo symbolise le pouvoir. Le message exprimé par ce motif est que le pouvoir ne signifie rien sans le support du peuple, on attend d'un dirigeant qu'il se souvienne en permanence que le pouvoir qu'il détient n'est qu'un mandat.




On ne peut que constater que Simone Veil fut bien inspirée dans le choix de cette chemise, ou imaginer qu'elle lui fut offerte par un fin connaisseur, en toute conscience.

Joko Widodo, actuel Président de la République Indonésienne




Alignement de présidents en batik sous l'oeil de Garuda







jeudi 7 mai 2015

Motif Parang

Les motifs traditionnels du batik javanais, au delà de leur fonction ornementale, sont porteurs de messages, ils donnent des informations sur l'âge ou le statut  social de celui qui le porte, certains motifs sont destinés à des circonstances particulières, d'autres ne peuvent êtres portés que par la famille royale.


C'est le cas du motif Parang, directement attaché au Sultan.


Traditionnellement, il ne peut être porté que par le Sultan quand le motif est grand (Parang Barong), pendant les rites religieux ou la méditation, ou par des personnes attachées à la famille royale, pour les motifs plus petits (Parang Klithik). Aujourd'hui le batik s'est démocratisé et tout le monde porte le motif qu'il veut, le plus souvent sans en connaître la portée symbolique. Cependant il reste inconvenant de porter un motif Parang dans l'enceinte du Kraton, le Palais du Sultan, et inconcevable en sa présence.


Si les interprétations de la symbolique du motif Parang sont variées, on s'accorde à en attribuer l'origine au Sultan Agung, du royaume de Mataram (1613-46).
D'après Iwet Ramhadan, le Sultan Agung méditait face à la mer du Sud de Java, et la force des vagues tapant contre les rochers du rivages lui inspira ce motif.

Tracé en diagonale sur le tissu, le motif Parang comprend deux formes: 
- La forme des vagues, les courbes, "Gareng".
-La forme des creux formés dans les rochés par l'érosion maritime,  les losanges, Mlinjon


Gareng est un personnage du wayang javanais (le théâtre d'ombre qui raconte les épopées du Ramayana ou du Mahabarata), représentant la sagesse et l'omniscience, il est capable de résoudre des problèmes en proposant des solutions acceptables pour tous.



Mlinjon représente les trous crées par les vagues dans les rochers, où vont se développer de nouvelles sources de vie. Aussi le sultan doit-il être intègre comme le roc et avoir la capacité de créer des sources de vie pour les gens qui l'entourent.
Le motif symbolise également la sagesse et le charisme, la royauté et le pouvoir absolu.



Une autre interprétation attribue au Parang une leçon d'éthique javanaise plus générale: la vie doit être basée sur l'effort en vue d'un accomplissement matériel et spirituel, et plus particulièrement pour le Roi qui se doit d'être réfléchi, conscient, de garder le contrôle de lui-même et d'être prudent.

La forme "Gareng" et la signification du mot "Parang" (Keris/dague) amènent aussi à associer ce motif à un symbole exclusivement masculin, louant les qualités guerrières de celui qui le porte. Cette interprétation est plus récente.

Les javanais appellent aussi ce motif "Lidah api", la langue de feu.



Sans doute y-a-t-il encore des messages contenus dans ce motif dont j'ignore l'existence, tout contributeur bien informé sera le bienvenu en commentaire!

mercredi 13 mars 2013

Les très beaux tissus de Troso

Jepara est connue pour l'artisanat du bois, je n'en ai pas encore parlé ici, mais ça ne saurait tarder, quand  j'aurai mieux fait connaissance avec tous les aspects de cette petite industrie qui s'étend partout et concerne tout le monde ici.




La fabrication de tissu, si elle est répandue dans toute l'Indonésie, est moins connue comme une spécialité de Jepara. Pourtant non loin du centre ville, dans la commune de Troso, plusieurs ateliers fabriquent à l'ancienne des tissus de grande qualité qui sont toujours l'objet d'un vif intérêt pour les indonésiens. 




Tandis qu'en France le textile en général et les vêtements en particulier sont le plus souvent des objets de consommation massive fabriqués en usine (indonésienne aussi souvent...), où la compétitivité du prix ou le prestige de la marque font loi, en Indonésie continue de se développer un artisanat qui reconnaît toute la valeur du travail fait main (dans le tissage comme dans l'impression des motifs), et beaucoup d'indonésiens, s'ils en ont les moyens, sont prêts à payer le prix fort pour accéder à l'incomparable qualité de ce type de tissu.
Les boutiques de couturiers sont nombreuses, elles reçoivent beaucoup de commandes de particuliers, et le magasin de tissus que nous avons visité était animé, bien que situé à l'écart du flux de circulation principal.

En face de cette boutique propre et bien rangée à l'atmosphère feutrée, l'atelier: un hangar immense cerné par une flottille de scooters entre lesquels on se faufile pour accéder à la ruche claquetante. Des dizaines de métiers à tisser en bois sont posés sur la terre battue entre les murs de briques poussiéreuses, sous une voûte de tôle ondulée où l'enchevêtrement des toiles d'araignées s'étale comme un hommage à l'inspiration du génial inventeur de la première trame qui servit à nous vêtir.






Devant chaque métier, un homme ou une femme répète des milliers de fois le même geste, les mains courant d'un levier à l'autre, il marque parfois une pause pour réajuster l’entrelacs des fils resserrés sous l'action conjuguée du mécanisme antique et des impulsions de son corps, insufflant un supplément d'âme à la confection de l'étoffe.



 Le rythme saccadé de chaque métier participe à la cacophonie ambiante, et contraste avec l'impassibilité des visages de ceux qui accomplissent patiemment cette tache. Ils seront payé au mètre et si mes rapides calculs sont justes, la main d'oeuvre constitue près de la moitié du prix du tissu.






Assises par terre des femmes préparent des bobines de fil, déroulées sur des roues de vélo, plus loin un homme pétrit de ses pieds une étoffe dans un bassin.
Constatant la difficulté de ce travail on conçoit facilement le progrès que la machine représente mais on se demande aussi ce que feraient d'autre tous ces ouvriers pour gagner leur pain. Dilemme récurent de la modernité...



C'est toute la patience et l'humilité de ces travailleurs, infiniment respectables, qui fait perdurer ce métier traditionnel, et ce sont aussi sans doute ces valeurs fondamentales que le peuple indonésien honore en accordant toujours autant de prix aux si beaux tissus de Troso.

dimanche 30 septembre 2012

Wayang kulit

C'était la première fois avant hier que j'ai eu la chance d'assister à un spectacle de théâtre d'ombre javanais, trouvé un peu par hasard: en passant le long de l'alun-alun dans l'après-midi nous avons vu qu'une très grande tente y avait été montée, abritant un grand écran face à des centaines de chaises bien alignées, des gamelans (percussions indonésiennes) attendaient de résonner dans la nuit noire.



 La place fourmillait d'une animation plus dense encore ce soir là, aux habituels loueurs de rollers et de trottinettes, vendeurs de brochettes, de crêpes, de jouets, s'étaient ajoutés de petits warungs (boutiques, restaurants) éphémères, des vendeurs d'instruments de musique, de livres sur la culture javanaise et de marionnettes au profil alambiqué, répliques de celles qui se préparaient à danser devant l'écran.




Le spectacle a commencé par des chants classiques accompagnés par les gamelans, les voix félines d'un choeur de femmes, strictement apprêtées selon des codes immuables. 



Voici un exemple, proche de ce qui s'est joué ce soir là:




L'une des chanteuses vraisemblablement d'origine européenne se fondait bien à l'ensemble.


Au premier rang, les notables de la ville également vêtus de costumes traditionnels discutaient entre eux. Dans les rangs suivants, la concentration des spectateurs était tout aussi relâchée: on va et on vient, on papote, on baille. Si la partition leur en laisse le temps (si tant est qu'il y en ait réellement une...) les musiciens aussi bavardent et regardent autour d'eux. C'est un mélange de solennité imposée par le décorum, et de détachement absolu animant tous les participants.



Fait étonnant, le spectacle de théâtre d'ombre était ensuite montré à l'envers. Le dalang (le maître des marionnettes)  était du même côté de l'écran que les spectateurs, aussi, pour ne voir que l'ombre des marionnettes se découper sur le drap tendu, nous sommes allés de l'autre côté où quelques spectateurs commençaient à se rassembler.



        

La pièce raconte des épisodes du Mahâbhârata, intégré depuis des siècles à la culture javanaise. Je n'en compris pas un traître mot mais me laissais bercer par la musique de la langue déclamée par le dalang. Je commence à comprendre un peu d'indonésien, mais c'est en javanais que la pièce est dite, à un niveau de langue différent de celui que l'on parle au quotidien.



En mouvement, cela donnait quelque chose comme ça:



Tout autour sur la place, l'animation se maintenait, cumulant à la puissante sono du spectacle, les mélodies lancinantes des marchands de glace et des manèges, et les bruits de circulation de l'avenue voisine. Mon petit garçon se bouchait les oreilles, on a donc laissé continuer sans nous jusque très tard dans la nuit le spectacle de wayang kulit.