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lundi 8 août 2016

Motif Gurdo


A l'occasion de l'anniversaire de Simone Veil, un hommage lui a été rendu sur les réseaux sociaux.

Après m'être réjouie de voir cette femme politique admirée par une grande majorité de français, et surtout de françaises, porter avec une telle classe une chemise en batik indonésien, je me suis penchée sur le motif de ce batik pour en comprendre l'origine et la signification.

C'est un motif Gurdo, dérivé du mot Garuda, l'oiseau fabuleux de la mythologie Hindou, monture du dieu Vishnu.


La première compagnie aérienne indonésienne porte le nom de Garuda



Garuda est également l'emblème de l'Indonésie.

Bhinneka tunggal ika = L'unité dans la diversité

 

Le motif Gurdo stylise la représentation de l'oiseau Garuda.


Ekor = queue, Sayap = aile, Dubur = anus

D'après Iwet Ramadhan, auteur de "Cerita Batik" le motif Gurdo symbolise le pouvoir. Le message exprimé par ce motif est que le pouvoir ne signifie rien sans le support du peuple, on attend d'un dirigeant qu'il se souvienne en permanence que le pouvoir qu'il détient n'est qu'un mandat.




On ne peut que constater que Simone Veil fut bien inspirée dans le choix de cette chemise, ou imaginer qu'elle lui fut offerte par un fin connaisseur, en toute conscience.

Joko Widodo, actuel Président de la République Indonésienne




Alignement de présidents en batik sous l'oeil de Garuda







vendredi 28 août 2015

Le Joglo Marseillais



Le chant des cigales évoque en général le farniente estival, mais pour le travailleur saisonnier provençal ces stridulations  rythment une activité frénétique.


Nous avons présenté nos batiks sur la place publique; marché du matin, foires nocturnes, bazar, marchés créateur ou vente privées se sont enchaînés, et la réjouissante échéance du prochain voyage à Java s'est approchée.




Le premier pas du périple est un passage obligé par le Consulat indonésien à Marseille pour accomplir les formalités de visa.  De là nous avons fait un petit pas chassé pour admirer une curiosité locale, dont j'ai eu connaissance grâce à une belle rencontre tissée sur les réseaux sociaux, qui nous rapproche un peu plus de l'Indonésie.

Connaissez-vous le Théâtre du Centaure?
La compagnie se présente en ces termes:

"C’est exactement ce que Michel Foucault appelle une « hétérotopie », le lieu physique réel de réalisation d’une utopie. Un espace concret qui héberge l’imaginaire comme une cabane d’enfant, un espace à la fois mythique et réel.

Concrètement, le Théâtre du Centaure c’est une famille d’une dizaine d’équidés et d’humains qui ont construit ensemble un mode de vie et de création spécifique. Village, écuries, lieu de travail et de fabrique, où dix personnes et dix chevaux oeuvrent tous les jours à la réalisation d’une utopie."




Dans le 8ème arrondissement, au pied des collines, le village du Théâtre du Centaure est disposé en cercle autour d'une vaste cour: Chapiteau, écuries, roulottes d'habitation, et - rareté exotique - joglo javanais!




Le joglo est une maison traditionnelle javanaise en bois, caractérisée par une forme carrée, un toit à 4 pentes avec plusieurs inclinaisons sur chaque pan, et une structure particulière de la charpente.
Ici il s'agirait presque d'un simple pendopo, qui est une forme élémentaire de l'architecture classique javanaise : un toit soutenu par les piliers de bois, agencés comme un joglo, mais sans cloison extérieure. Le joglo/pendopo du Théâtre du Centaure, lui,  est fermé par de larges baies vitrées.
A l'origine, le pendopo est un lieu de rassemblement, d'audience, de spectacle dans les demeures des personnes de haut rang.



L'élément le plus remarquable est la partie centrale de la charpente maintenue par 4 piliers, les guru soko.



Cette partie centrale, Tumpang Sari, est composée d'un faisceau de bois sculptés s'élargissant vers le haut et lie l'ensemble de la charpente.
Les motifs en bas et moyen relief ont une symbolique renvoyant à la vie terrestre en général, et en rapport avec le statut social de son propriétaire.




Palais du Sultan de Yogyakarta





A l'extérieur le toit recouvre une terrasse en galerie tout autour du Joglo.


Pour cette construction, Camille et Manolo, principaux instigateurs de cette "hétérotopie", ont fait venir le bois de teck préparé depuis Java ainsi que des artisans indonésiens pour réaliser le montage.




Puis, pour harmoniser l'ensemble à cette note indonésienne, ils ont  également construit les écuries en bois de teck sculpté de Java.




Ces écuries sont un écrin à la mesure des magnifiques chevaux de la troupe du Théâtre du Centaure.

Lusitaniens, Frisons, Espagnols ou Portugais, les chevaux du Centaure sont des animaux choyés comme les stars le méritent.



Dans la chaleur accablante de cet après-midi de juillet, ils sont au calme, assoupis  dans leur box ventilé. Peu d'entre eux daignent laisser admirer leur port majestueux en sortant la tête vers la galerie qui longe les deux écuries, de part et d'autre du joglo. Mais il m'a suffit de croiser le regard d'Hydra, la seconde moitié de Manolo, concentré, fier, transperçant, pour comprendre que c'était un être sortant du commun, j'étais aussi intimidée que surprise par la forte présence de cet artiste.


 

Tout ici respire l'harmonie, l'ensemble est agencé avec une exigence esthétique stricte et cohérente, et l'impression générale, paisible et décontractée - particulièrement à cette heure de sieste estivale - renvoie à celle que m'ont laissé les palais javanais où les vastes cours sont animées doucement par d'impassibles gardes ratissant les feuilles mortes ou fumant une kretek sous un pendopo.





A présent, j'espère avoir la chance un beau jour de voir, sous le chapiteau du Théâtre du Centaure où dans un des lieux insolites qu'ils investissent lors de leurs performances,  ces acteurs, hommes et chevaux, réalisant leurs œuvres.



Mais avant cela nous devons accomplir un nouveau voyage à Java afin de renouveler notre offre et notre âme aussi!

dimanche 22 février 2015

Batik Cap

"Cap" (prononcer "tchap") signifie "tampon": outil d'application de la cire dans ce procédé de fabrication en série du batik traditionnel.

Il existe donc en amont un autre métier d'artisanat, qui consiste à fabriquer cet outil à partir d'un dessin du motif souhaité, en soudant à un socle muni d'une poignée des lamelles de cuivre dont les bords dessinent les lignes du motif.


 

 C'est un travail de précision qui demande beaucoup de temps, selon la complexité du dessin, et dont la valeur conditionne le prix du batik. Certains ateliers familiaux de batik possèdent d'importantes collections de tampons, transmises de génération en génération et régulièrement renouvelées.


Ces tampons sont aussi prisés par d'autres collectionneurs pour leur valeur esthétique. Ils ont été notamment  utilisés en élément architectural de décoration dans le restaurant d'un bel hôtel à Bali.

source: worldarchitecturefestival.com
Le travail du batik "cap" est en général assuré par des hommes, sans doute en raison du poids du tampon et de la fatigue causée cette tâche répétitive, qui consiste à tremper le tampon dans une fine couche de cire chaude, et à l'appliquer sur le tissu pour former le dessin à la cire.


Le tissu est ensuite mis à sécher pour que la cire durcisse.


Puis il immergé dans la teinture, mis à sécher, et trempé à nouveau dans un bain d'eau chaude pour faire fondre la cire.

Les couleurs du batik sont donc bien fixées, puisque que le procédé de fabrication les met à l'épreuve de la chaleur.



Il arrive que la couleur soit appliquée non pas par bain mais avec un pinceau, cela permet d'utiliser plusieurs couleurs sur un même batik sans avoir à répéter le processus.

La cire fait office de pochoir, la teinture va imprégner les zones libres du tissu. Une fois la cire retirée on verra apparaître le motif en blanc sur un fond coloré.



On appelle "Garutan", style de la région de Garut à Java Ouest,  les batiks teints d'une seule couleur avec motifs répétitifs blancs, ou vice versa, des batiks blancs avec des motifs d'une seule couleur.


En retournant un batik cap, on constate que le motif sur l'envers est bien visible, il ne se distingue parfois de l'endroit que par une légère différence de netteté du motif.

Pour choisir un batik parmi notre sélection cliquez ici



vendredi 20 février 2015

Batik Print

Le batik "print" (prononcer à l'anglaise en roulant le r) est le moins authentique de tous, mais il permet à tous d'accéder à la richesse des motifs et des couleurs du batik.

Les techniques modernes d'impression en série ont démocratisé le batik, même si de ce fait, le terme perd  de son sens puisqu'à l'origine il désigne justement un procédé traditionnel manuel. Avec le "print" un glissement sémantique s'est effectué, le terme batik ne désignant plus dans ce cas que le style des motifs inspirés par ceux du batik traditionnel.



S'il avait été réalisé dans les règles de l'art, selon le procédé traditionnel "tulis" un batik comme celui ci-dessus aurait nécessité plusieurs semaines de travail, et son prix serait au moins dix fois plus élevé. Le plus souvent, les indonésiens n'ont pas les moyens d'acheter des plus beaux batiks mais ils sont aussi très attachés à cette tradition nationale, le batik étant un objet du quotidien.

Si le "print" trahit un peu ses origines, il vivifie aussi ce patrimoine national que tous peuvent s'approprier. Certains batiks "print" honorent même leur noble prédécesseur "tulis" en reproduisant les effets de craquelures de la cire, les irrégularités des contours et les petits accidents de répartition des couleurs qui font le charme du batik traditionnel.




Alors, comment différencier un batik fabriqué en machine d'un batik fait main?

Au toucher d'abord; les batik "print" reçoivent un apprêt les rendant plus rigides et brillants, qui s'estompera au fil des lavages.

En retournant le tissus ensuite;c'est geste que font généralement les indonésiens pour juger de la qualité d'un batik; un beau batik "tulis" ou "cap" propose un motif visible sur l'endroit et sur l'envers. Avec le batik print, on identifie l'endroit de l'envers au premier coup d'oeil.



Ces procédés de fabrication du batik print sont:

-L'impression en machine, sur imprimantes rotatives ou numériques

- La sérigraphie: Pour le batik "sablon", les écrans et les couleurs peuvent être appliqués sur le tissu de façon manuelle mais le procédé peut être aussi entièrement mécanisé. 

Le point commun de tous les "print" est une production en grandes séries.

Atelier de fabrication de paréos sérigraphiés
Retrouvez une sélection de batik "print" sur Toko Ada